Quand Écologie et Démocratie font bon ménage.

     La dernière image que les électeurs ont des scrutins est souvent cette poubelle pleine de bulletins dans l'isoloir. Oui, pour cacher votre vote, vous devez en prendre plusieurs (ou zéro) et par habitude vous les prenez tous. Mais c'est un tel gâchis !

     La présidentielle 2017 a réuni 47 millions d'électeurs[1] pour 11 candidats. Si on compte les deux tours, les bulletins dans les enveloppes et la marge d'erreur,on obtient 1,3 MILLIARDS de bulletins soit 1200 tonnes de papiers. Pour choisir une seule personne.
     Les législatives 2017 ont réuni 47 millions d'électeurs pour 8000 candidats sur 577 circonscriptions. Le nombre de bulletins imprimés est encore plus faramineux. De plus, la majorité des candidats va coller son affiche sur les panneaux électoraux, à pied, à métro ou en vélo en milieu urbain ou en voiture à la campagne. Que de kilomètres à parcourir par monts et par vaux, pour CHACUN des candidats.
     Ces chiffres sont souvent tus parce qu'il sont considérés comme peu important au regard de la démocratie. Pourtant, ils mettent en balance le coût de la démocratie et l'écologie, quand on voit la gabegie outrancière d'une élection.
     Mais tout cela c'est sans compter sur les problématiques économiques. Le premier tour des législatives a pointé du doigt un nouveau problème : la privatisation de la gestion du matériel électoral, privatisation censée faire économiser de l'argent public. Ces sociétés[2] qui "offrent" ce service ont la machinerie adéquate, les hangars de stockage et les intérimaires que ne peut s'offrir une préfecture tellement l'élection est un besoin ponctuel. Une entreprise se moque de la démocratie, ce qui compte ce sont les profits. La démocratie ne peut donc que souffrir de cette privatisation.
     Tout cela mis bout à bout, bulletins, affiches, professions de foi, c'est une énorme somme d'argent, que ce soit pour les candidats mais aussi pour l'État puisqu'il rembourse les "gagnants" de l'élection. Et pour quels résultats ? Les projections montrent que 13.4% des voix permet d'obtenir 75% des sièges. La représentativité, le cœur de notre système républicain, ne fonctionne pas. Le système électoral, à tous les niveaux, souffre de dysfonctionnements qu'il faut régler.

     Nous voulons rendre les élections à la fois plus accessibles, moins chères, plus écologique et plus démocratique, le tout sans pour autant que les "résultats" changent. Pour atteindre ce but, il y a plusieurs pistes que l'on peut évoquer.

  1.      La première est le bulletin unique, c'est à dire une seule feuille de papier listant tous les candidats du scrutin. Dans le cas de la présidentielle, nous avons 1200 tonnes de papier. Si nous envisageons un bulletin unique, seuls un bulletin A4 pour le premier tour et un bulletin A5 pour le deuxième sont nécessaires, soit 550 tonnes de papier au total. Et 550 tonnes entièrement utilisées ! On peut même envisager de ne pas en mettre dans les enveloppes (on ne risque pas la pénurie aux bureaux de vote) et atteindre les 275 tonnes. Ce n'est donc pas une petite économie. Et c'est seulement pour une élection : la présidentielle. Si l'on ajoute les autres élections, par exemple les législatives, l’économie est encore plus importante. Surtout que le coût est de toute façon porté par l'État qui rembourse en moyenne 40% des frais engagés pour la propagande. Quand bien même l'État prendrait à sa charge l'impression de 47 millions de bulletins uniques qu'il ferait encore des économies. Et la démocratie serait gagnante : l'électeur a un bulletin, le petit candidat a son nom sur le bulletin, le grand candidat n'est pas lésé.
  2.      Si l'on veut aller plus loin, on peut aussi proposer une évolution de la profession de foi. Voici cette évolution : les professions de foi fournies au format numérique par chaque candidat seront validées pour chaque candidat puis le tirage au sort de l'ordre sera effectué. On obtiendra alors de quoi éditer un livret de propagande que les services de l'État pourront envoyer à l'impression et faire acheminer aux électeurs (et éventuellement aux mairie) directement par la Poste. Cela évitera toute la manipulation de mise sous plis mais assurera surtout la mise à disposition de toutes les professions de foi dans chaque enveloppe, l'un des points désastreux de la privatisation que l'on a pu expérimenter ces derniers jours[3]. Sans oublier la baisse de tension, que ce soit pour les candidats, les préfectures, les électeurs ... et les facteurs.
  3.      Pour finir, pour des résultats identiques aux scrutins, mais avec toujours plus d'économie, de logique, on peut passer au cas des affiches. Certains candidats doivent parcourir (ou faire parcourir) 1500 km pour que chaque panneau de leurs circonscriptions soit recouvert d'une affiche. Le délai est minime. Les routes peuvent être étroites et les dénivelés nombreux. Il y a forcement dans ce cas précis quelque chose qui est violé : le code de la route, l'écologie locale ou le porte-monnaie du candidat, voire les trois. Mais encore une fois il y a déjà deux services qui fonctionnent bien, qui sont mutualisés et qui pourraient être utilisés : le transport de courrier (aussi connu sous le nom de "La Poste") et la gestion des panneaux électoraux. Au lieu de laisser tout un chacun parcourir sa circonscription pour poser des affiches (ce qu'il pourrait continuer à faire), le ou la candidate pourrait déposer à la préfecture le bon nombre d'affiches nécessaire pour l'affichage. Ces affiches sont ensuite remises, avec le concours de la Poste, qui connaît les chemins de son pays, aux différentes mairies qui gèrent déjà les panneaux et pourraient donc coller les affiches, surcoût supportable pour une meilleure démocratie.

     Ces solutions apportent une meilleure égalité de traitement, une meilleures garantie au bon déroulement des scrutins, mais aussi une meilleure gestion écologique des moyens et une valorisation des services publics. Elles ne permettent pas aux petits candidats, aux grincheux et aux perdants de changer drastiquement un résultat, puisque normalement celui-ci est borné par le fait de faire adhérer l'électeur à sa vision. En revanche, cela permet de mieux réussir une propagande, de subir moins de tension et d'avoir une campagne plus saine.

     Mais il y a d'autres évolutions qui sont envisageables pour améliorer les élections...


[1]Élection présidentielle française de 2017
[2]Législatives : pourquoi vous ne trouverez peut-être pas toutes les professions de foi dans votre boîte aux lettres…
[3]Disparition des professions de foi : une intérimaire révèle les coulisses d’une privatisation


Ce texte a été écrit par Farlistener et Relf et relu par LookForward, Aurifex et Faro. Visuel d'illustration par LookForward.