France : le droit de manifester menacé

À la fin du mois de Mai, Amnesty International publiait un rapport sur le droit de manifestation pacifique en France. Ce rapport est très préoccupant, puisqu'il signale que le Gouvernement s'est servi de l'État d'urgence pour restreindre fortement le droit de manifester. 

Nous rappelons que l'État d'urgence a été mis en place en réponse aux attaques terroristes (comme VigiPirate, avec le succès que l'on sait). On peut donc en déduire que le Gouvernement (et les parlementaires qui l'ont soutenu) considère que les manifestants sont des terroristes, alors qu'ils ne font qu'utiliser un des rares moyens d'échange avec leurs dirigeants.

Au Parti Pirate, nous sommes pour la liberté d'expression. Nous souhaitons que les citoyens puissent exprimer leur colère et puissent faire passer leur message en marchant et sans autre violence que le volume des paroles. Malheureusement, le Gouvernement ne permet pas ceci.

Le dossier d'Amnesty International se trouve sur leur site interne, à cette adresse : France : le droit de manifester menacé.

Nous ne reviendrons pas sur le constat qui est fait. Nous pouvons par contre revenir sur les deux conséquences principales.

La première concerne la liberté d'expression
La liberté d'expression est en danger en France. Pas autant en danger qu'en Turquie, en Arabie Saoudite ou en Corée du Nord. Oui, les citoyens français disposent encore d'une bonne dose de liberté d'expression. Mais cette liberté est en danger quand même : à travers la forte répression policière lors des manifestations (quelles qu'elles soient) ; l'impossibilité pour les citoyens de demander des comptes à leurs Élus ; ou encore l'absence de prise en compte de certains votes. Quel intérêt ont les gens à s'exprimer si la seule réponse est le dédain ou pire l'agression physique ? Quel meilleur moyen de faire taire une population qu'en lui montrant ce qui se passe quand elle s'exprime ? Le Parti Pirate ne peut accepter ces dérives et fera partie de ceux qui continueront à s'exprimer malgré tout.

La seconde conséquence des répressions des manifestations concerne la Police
D'après son code de déontologie, la Police Nationale a "pour mission d'assurer la défense des institutions et des intérêts nationaux, le respect des lois, le maintien de la paix et de l'ordre publics, la protection des personnes et des biens". On peut fortement regretter que la protection des personnes arrive après la défense des institutions. C'est un premier pas vers les dérives policières que nous avons pu vivre. Premier pas qui ne vient pas directement des agents de police mais de la structure même de l'institution.
Un autre pas est celui décrit par Amnesty : la demande par le gouvernement de réprimer plus fort les manifestants. Les policiers ont un 'pouvoir' sur les citoyens classiques. Ils ont donc une 'responsabilité' envers ces mêmes citoyens. Si le Gouvernement leur fait comprendre que la responsabilité disparaît, les policiers deviennent corrompus par ce pouvoir. Ce qui est dangereux non seulement pendant les manifestations, mais aussi pendant le reste de leurs missions. Comment s'étonner des violences policières lorsque la responsabilité est volontairement supprimée par leur hiérarchie la plus haute ? Quis custodiet ipsos custodes?

Chacune de ces conséquences a une importance capitale. Chaque message devrait être immédiatement pris en compte par le Gouvernement et le Parlement. L'association des deux n'est plus un simple message mais une doléance qui doit apporter un changement de politique clair et urgent.


Ce texte a été écrit par Relf, sur demande du bureau Stratcom. Relectures et corrections par LookForward. Illustration par RG3383.